L’affaire AS Mangasport-Paul Ulrich Kessany prend une tournure de plus en plus préoccupante.
Ce qui pouvait apparaître au départ comme un simple incident protocolaire s’il en est, lors de la cérémonie de remise des médailles est désormais devenu un véritable bras de fer institutionnel, avec en toile de fond la prime de champion de 75 millions FCFA et, désormais, l’avenir de Thierry Mouyouma à la tête de l’AS Mangasport.
Dans son courrier du 27 août 2026 adressé au ministre des Sports, la LINAFP met clairement en garde contre toute volonté de court-circuiter la procédure disciplinaire.
La Ligue rappelle que sa Commission de Discipline et d’Éthique a été saisie le 29 juillet et que le dossier suit son cours normal.
Surtout, la LINAFP souligne qu’elle ne saurait garantir qu’une sanction sera prononcée avant l’examen du dossier, l’audition de l’intéressé et l’application des textes en vigueur.
Une mise au point qui prend une autre dimension lorsqu’on apprend que Paul Ulrich Kessany aurait également saisi la Direction générale des recherches (DGR) afin que Thierry Mouyouma soit entendu dans le cadre de cette affaire.
Mais la saisine est restée sans suite, car les Gendarme n’ont trouvé aucun acte pouvant faire l’objet d’une enquête.
Si cette démarche est confirmée, elle pose une question sérieuse : pourquoi une affaire née dans le cadre du football professionnel et faisant déjà l’objet d’une procédure disciplinaire au sein de la LINAFP devrait-elle également prendre une dimension relevant d’une autre institution ?
Mais le dossier ne s’arrêterait pas là
Selon des informations recueillies par notre rédaction, le ministre des Sports aurait également contacté l’Administrateur directeur général (ADG) de la Comilog, acteur majeur lié à l’environnement de l’AS Mangasport, pour lui demander le départ de Thierry Mouyouma de la tête du club.
Une demande à laquelle l’ADG de la Comilog aurait répondu en invitant le ministre à s’adresser directement au président de l’AS Mangasport, rappelant ainsi que la gestion du club ne relève pas d’une décision personnelle du ministre.
Jusqu’où peut aller l’autorité du ministre ?
C’est désormais la question centrale. Car si ces informations sont confirmées, le problème dépasse largement les excuses exigées après l’épisode banale de la médaille.
Il s’agirait alors de déterminer si l’autorité de tutelle peut intervenir directement dans la gestion d’un club professionnel pour obtenir le départ de son entraîneur, alors même qu’une procédure disciplinaire est déjà pendante devant les instances compétentes.
Et le courrier de la LINAFP est particulièrement clair sur ce point : les organes sportifs et disciplinaires doivent pouvoir exercer leurs compétences propres, dans le respect des textes.
Le plus troublant reste la question des 75 millions FCFA
Selon la LINAFP, le ministre aurait indiqué que Mangasport ne percevrait pas sa prime de champion tant que Thierry Mouyouma ne lui aurait pas présenté des excuses publiques et écrites.
Or la Ligue rappelle que cette récompense est attachée au résultat sportif obtenu par le club au terme de la compétition. Elle estime donc qu’elle doit être distinguée de la situation personnelle d’un membre de l’encadrement technique.
En clair : Mangasport a gagné le championnat. Thierry Mouyouma est une personne. La prime appartient au club champion.
Mélanger ces trois réalités serait particulièrement dangereux pour la gouvernance du football professionnel.
Une affaire qui interpelle l’État de droit
Le respect dû à un ministre est une chose. Le respect des procédures et des compétences institutionnelles en est une autre.
Thierry Mouyouma peut être entendu. Il peut être sanctionné si les faits qui lui sont reprochés le justifient. Mais cette décision doit venir de l’organe compétent, après examen du dossier et respect des droits de la défense.
Et si le ministre estime avoir été offensé, rien ne l’empêche de saisir les mécanismes prévus par les textes.
Mais la prime d’un champion ne devrait pas servir de levier pour obtenir des excuses personnelles, pas plus que l’autorité ministérielle ne devrait, si les faits rapportés sont exacts, servir à imposer le départ d’un entraîneur à une structure qui dispose de ses propres organes de décision.
Le football gabonais mérite mieux qu’un conflit d’ego transformé en affaire institutionnelle
Aujourd’hui, une question demeure : Thierry Mouyouma est-il poursuivi pour une faute disciplinaire, ou est-il devenu la cible d’une bataille personnelle qui utilise les leviers institutionnels du ministère des Sports ? La réponse appartient désormais aux faits, aux textes et aux institutions.


