Tournoi U15 Lambaréné 2026 : les jeunes footballeurs gabonais au cœur de l’émouvante histoire d’Albert Schweitzer

Le ballon n’était pas la seule chose qui roulait cette semaine à Lambaréné. Entre deux matchs de la phase finale du Championnat National U15, les 180 jeunes venus des neuf provinces du Gabon ont vécu un moment suspendu. La Fédération gabonaise de football les a emmenés là où bat le cœur historique du Moyen-Ogooué : l’Hôpital Albert Schweitzer.

Ce n’est pas une sortie scolaire. C’est une transmission.
Ils ont entre 14 et 15 ans. Crampons aux pieds, rêves de Panthères plein la tête. Et ce lundi matin, jour de repos après deux journées de championnats, ils ont troqué le synthétique pour les allées silencieuses de l’hôpital fondé en 1913 par le Dr. Albert Schweitzer. Prix Nobel de la Paix 1952, médecin, théologien, organiste, philosophe du « respect de la vie ». Une décision de la Fégafoot très appréciée par les jeunes footballeurs qui ont l’histoire d’un géant.

Casquette vissée sur la tête, Junior Moussavou, jeune milieu de l’Estuaire, chuchote en entrant dans le bureau resté intact : « On dirait qu’il vient de sortir ». La vieille Remington, les lunettes cerclées, les partitions de Bach ouvertes sur l’harmonium. Tout est là. Le temps s’est arrêté.

Le guide montre le lit de camp, la bibliothèque de 6000 ouvrages, les instruments chirurgicaux d’époque. Les jeunes touchent l’Histoire. « Ici, un Blanc est venu soigner des Noirs quand personne ne le faisait », lance Yannick Boussougou, défenseur de la Ngounié. Silence dans le groupe. Le message passe.

Plus que du foot : former des hommes
La Fégafoot aurait pu se contenter d’organiser des matchs. Pour cette édition, le comité d’organisation impose ce détour par l’Hôpital Schweitzer. « Il était pas normal que les jeunes viennent à Lambaréné sans aller à la rencontre de l’histoire de cette ville il vient », explique Michel Minko, responsable du football des jeunes à la Fégafoot et président du comité d’organisation. « Schweitzer, c’est Lambaréné. Lambaréné, c’est le Gabon. On ne peut pas porter le maillot national sans connaître ces racines-là et cette histoire », a-t-il ajouté.

Le moment le plus fort ? Le recueillement devant la tombe du docteur et de son épouse Hélène, sous les frangipaniers. Simples croix blanches. Pas de marbre. « Il a demandé à être enterré ici, au milieu de ceux qu’il a soignés », souffle le guide. Plusieurs jeunes baissent la tête. Fils Nzeng, attaquant et capitaine du

Woleu-Ntem, confie : « Ça donne envie d’être quelqu’un de bien, pas seulement un bon joueur ».

L’émotion comme héritage
Ils sont repartis avec des selfies, oui. Mais surtout avec autre chose. « Je ne savais pas qu’un homme pouvait laisser sa vie en Europe pour venir ici », dit lâche un joueur du Haut-Ogooué à son coéquipier « Si lui a pu faire ça pour les autres, moi je peux me battre pour mon pays sur un terrain ».

Loin des polémiques, loin des classements, la Fégafoot a marqué un but essentiel : connecter sa jeunesse à une figure universelle qui a choisi le Gabon. Schweitzer jouait de l’orgue pour apaiser ses patients. Ces U15 joueront au foot avec, peut-être, une note d’humanité en plus.

À Lambaréné cette semaine, le Championnat U15 n’a pas seulement révélé des talents. Il a fabriqué des citoyens. Et ça, c’est une victoire que le score n’affichera jamais.

Encadré
Albert Schweitzer : le Gabonais de cœur

– 1913 : Arrivée à Lambaréné. Il fonde l’hôpital sur les rives de l’Ogooué.

– 1952 : Prix Nobel de la Paix pour son éthique du « Respect de la vie ».

– 1965 : Décès à Lambaréné à 90 ans. Inhumé à l’hôpital avec son épouse.

– Aujourd’hui : L’hôpital fonctionne toujours. Musée, archives, et symbole mondial de l’humanisme.

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